Expérience
Regardez le mur en face de vous. Bougez la main gauche vers la gauche. Sans bouger les yeux, vous voyez votre main bouger. Maintenant, au lieu de regarder le mur, regardez l’ensemble de ce que vous pouvez voir, sans fixer rien en particulier. Au début, faites le tour de votre champ de vision. Faites-le, puis ne le faites plus. Englobez tout, sans préciser quelque chose. Vous voyez tout, mais ne regardez rien. Très sommairement, voici le regard du Taïjiquan.
Le regard périphérique est un petit pas dans l’exploration du Qi qui est au cœur du Taïjiquan. Ici, il n’a rien de théorique nous restons toujours bien ancrée dans la sensibilité et l’écoute.

Dans le Taïjiquan il n’y a pas que le regard qui soit périphérique. Il y a aussi l’ouïe, l’odorat, le goûter et le toucher. Le toucher, c’est bien sûr la porte du Qi.

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Toucher le Qi
À un niveau débutant, le Qi se trouve d’abord avec la paume, puis à un niveau de plus en plus avancé, avec toute la main, puis enfin avec chaque partie du corps. Le Qi se trouve, à l’intérieur du corps autant qu’à l’extérieur.
Expérience
Secouez vos mains. Écoutez les vibrations qui s’en échappent. Placez les paumes une en face de l’autre. Faites comme pour saisir quelque chose. Vous trouvez une très petite mais très nette résistance. Vous toucher le Qi.
De plus, le Qi n’est pas seulement touché. Il peut aussi être vu, humé, goûté et entendu. À quoi cela ressemble-t-il ? Justement : à rien. Quand il y a identification, ressemblance, définition, ce n’est pas le Qi. Quand c’est flou, imprécis, vague, surprenant, concrètement dans la sensibilité mais indéfinissable par notre mental, nous sommes alors en face du Qi. Nous sommes ici dans un niveau très avancé mais il est possible de se livrer très tôt à de petites expériences dans ce domaine.

Voir le Qi
Le Qi se dégage abondamment du corps humain. Autour des personnes, certains peuvent même distinguer un halo, d’autres des couleurs. Tout cela est effectivement issu du Qi mais, à partir du moment ou on ce qu’on perçoit tombe dans une catégorie, formes ou couleurs par exemple, cela n’est plus le Qi. Au début, il est plus facile de trouver le Qi dans certains de ses déploiements naturels.
Expérience
Attendez le lever ou le coucher du soleil. Quand le ciel se déforme et que les couleurs s’éparpillent, la scène vous laisse bouche bée. Vous voyez alors le Qi. Regardez les nuages dans le ciel. Observer les couleurs et les formes, puis ne vous y arrêtez plus. Laisser les nuages vous rappeler des objets et des personnages, puis ne vous en occupez plus. Observez maintenant sans tenir compte des couleurs, des formes et de ce que vous apporte votre imagination. Il reste un petit quelque chose d’indéfinissable, c’est le Qi.
Entendre le Qi
Expérience
Écoutez le vent dans les feuilles, la pluie qui tombe, la rivière qui coule, le bruit des vagues, etc. Au-delà de ce que ce bruit vous rappelle, il y a un quelque chose de toujours nouveau. Vous entendez le Qi.
Humer le Qi
Expérience
Promenez-vous à la campagne, allez dans le bois. Humez l’air. Vous reconnaissez certaines odeurs qui vous sont familières puis, vous en identifiez d’autres qui ne le sont pas. Au-delà de ces odeurs, vous découvrez une étrange fragrance, moins présente en ville. Vous humez le Qi.
Goûter le Qi
Expérience
Prenez un fruit frais, un légume crus ou mieux : des fèves germées. Mettez-le en bouche, mâchouillez légèrement. Au-delà de la saveur, il y a comme une singulière fraîcheur. Vous goûtez le Qi.
Rejoint par le Qi
Ne croyez surtout pas que l’on puisse toucher, voir, humer, goûter et entendre le Qi par un acte de volonté. Ce ne sont que des jeux. Nous ne rejoignons pas le Qi, c’est le Qi qui quelquefois nous touche, qui se laisse voir, humer, goûter et entendre… par surprise, sans que nous ne sachions comment ou pourquoi. La surprise, c’est d’ailleurs le second signe, après l’indéfinissable, qu’il s’agit bien du Qi. Tous nos sens sont alors reliés, indissociables et confondus. Le Qi peut toucher ainsi tout le monde, avec ou sans toutes les préparations techniques qui servent à l'occasion d'accélérateurs.

Les techniques du Taïjiquan ne font qu'appeler le Qi et nous disposer à mieux l'accueillir. Refaites les expériences précédentes, mais avec désintéressement, sans vous concentrer. Mieux, livrez-vous à une de vos activités favorites (sport, lecture) puis arrêtez-vous et sans y accorder de l'importance, sans chercher ni croire à aucun un résultat, juste pour le plaisir de faire quelque chose d'autre, comme pour vous délasser les jambes, refaites une des expériences proposées plus haut.

Toutes ces expériences qui ont l'air si simple sont des préliminaires aux techniques les plus avancées du Taìjiquan. Il ne faut pas trop s'étonner si elles ne donnent pas de résultats. Alors que faire ? C'est probablement la recherche même d'un résultat qui empêche le Qi de se manifester et c'est au fil de l'apprentissage du Taïjiquan que lentement, une technique après l'autre, sans endoctrinement, on constate par soi-même qu'il y a un mur dressé par cette attente de résultat. Cela est suffisant pour le faire tomber.
Quand le Qi nous touche, nous sommes au-delà de la technique. Cela se passe quelquefois plus hâtivement ou plus tardivement, mais c’est toujours une bonne surprise…

Si le Qi se présente, il ne faut pas s’en effrayer mais lui ouvrir toute grande la porte.

S’il veut entrer ouvrez-lui tout grand vos bras, mais sans vous y accrocher. Ouvrez-les quand il arrive, puis fermez-les quand il part.

Si le Qi vous entraîne avec lui plongez tout entier, n’hésitez pas à fondre, à disparaître et n’ayez aucun regret. Faites comme pour sombrer dans un profond sommeil, mais avec les yeux ouverts, faites comme pour vous abandonner à un orgasme interminable. C'est un ailleurs qui est ici. C'est un au-delà qui a lieu maintenant.

L'indicible Qi nous rejoint comme une caresse, un chatoiement, un frémissement, un parfum, un nectar… Nous entrons ainsi dans les ravissements du Taïjiquan...

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire




Nzightnzoise - Mzorning in Mzadrid


Quelquefois le poète exprime l’indicible…


Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.