Nos Grands Stages de cette année s’articulaient autour du Qigong de l’arbre.




LES PARTICIPANTS AU STAGE

Comme d’habitude, les arbres étiraient leur majesté dans le ciel bleu et sous le gazon vert, majestueux et imperturbables, entourés par les bipèdes humains agités qui s’affairaient autour d’eux.


L’important est de commencer du bon pied.

Nous étions les seuls à nous intéresser avec autant d’application aux arbres. Du moins, les seuls à les approcher seulement pour le « mystère de l’arbre », sans nous préoccuper de leurs caractéristiques végétales, sans nous soucier de leur intérêt économique ou écologique, sans nous attarder aux états d’âme qu’ils auraient pu éveiller en nous.

Chaque participant arrivait avec son expérience ou son manque d’expérience en Taïjiquan. Certains comptaient plusieurs années d’apprentissage et de pratique personnelle, et parmi ceux-ci, des professeurs. D’autres étaient moins expérimentés, certains étaient presque complètement débutants. Ayant participé aux Grands Stages de l’été dernier, certains connaissaient déjà le Qigong de l’arbre, mais d’autres n’en avaient même jamais entendu parlé.


Celui-ci navigue dans un océan d'insouciance.


LES TECHNIQUES EXPLORÉES DURANT LE STAGE

Plusieurs techniques nouvelles ont été apprises et les techniques déjà connues ont été présentées sous des angles différents et avec des détails nouveaux qui les faisaient paraître différentes. Les anciens élèves ont été surpris et mêmes charmés, autant que les plus débutants.

Beaucoup de techniques du Qigong de l’arbre sont utilisées dans le Taïjiquan. Abordées dans un contexte différent, elles révèlent encore plus leur force et leur beauté.
  • Nous avons revisité la technique de la détente « par le lourd. » Par exemple, nous avons expérimenté le poids du corps avec la chute du bras. Nous avons joué à faire tomber chaque partie du corps et à « nous enliser dans des sables mouvants. »
  • Nous avons pratiqué la respiration endonasale, la respiration à trois temps et la respiration complète. Nous avons aussi abondamment pratiqué le oudjaï, une technique qui intensifie nos interventions sur le Qi.
  • Nous avons réveillé la sensibilité globale des mains et des pieds, puis réveillé des points spécifiques entre les yeux, dans les paumes et sous les pieds. Nous avons aussi pratiqué la circulation du Qi en boucle dans les bras. Cette dernière technique prépare les techniques très avancées de la circulation croisée, de la grande circulation et du serpent.

En route vers les arbres.

Le démarrage au sol dans une salle confortable nous a permis de préciser des éléments que nous allions ensuite élaborer debout, en plein air, auprès des arbres. Par exemple, la respiration à trois temps a été apprise au sol, puis pratiquée debout, dans le Qigong du Liangong. Elle a ensuite été utilisée dans le contact avec l’arbre.
  • Le Qigong du Liangong comprend un total de 36 exercices, regroupés en six séries de six exercices. Nous nous sommes attardés à la première séquence, celle qui concerne la nuque et les épaules, à la cinquième séquence, celle des membres supérieurs et à la sixième séquence, plus rarement enseignée, celle des organes internes.

Le Qigong du Liangong pour les épaules et la nuque.

Puis, ce fut la sélection, l’approche, le contact, l’échange, la perte de contact et l’éloignement avec l’arbre. Chacune de ces étapes a requis certaines précautions. Par exemple, l’approche de l’arbre a été faite de façon circulaire pour parvenir à proximité du tronc de l’arbre.


L’arbre n’est pas immobile il ne fait que rester à sa place.
La détente de l’arbre est parfaite. Sans système musculaire, il ne connaît ni contraction, ni agitation.


Les grands arbres du parc Outremont et les pins géants du centre d’art Orford se sont avérés particulièrement propice au Qigong de l’arbre.

L’aboutissement du Qigong de l’arbre a été la technique des trois Voiles effectuée en clôture du Grand Stage à Orford. Le terme « Voile » est utilisé ici en référence à la voile capable de déplacer un navire. Nous avons pratiqué la technique de la Voile triangulaire aussi appelée la Voile supérieure, la technique de la Voile carrée aussi appelée Voile inférieure et la technique de la Grande Voile.

Après de patientes préparations, l’approche de la technique des trois Voiles nous a finalement permis un rapprochement intime et très particulier avec l’arbre.

Il a eu un temps pour la technique puis un temps pour le Mystère.


LE MYSTÈRE DE L'ARBRE

Notre petit groupe était déterminé à se laisser toucher par le « mystère de l’arbre ».

Nous n’allions pas tenter de percer le mystère, mais seulement essayer de le côtoyer. Les arts du Dao, dont fait part le Taïjiquan, ne cherchent pas à éclaircir le mystère, mais plutôt à lui faire de la place pour qu’il puisse se manifester. Nous parlons ici du mystère qui nous touche comme un ciel étoilé, comme un lever de soleil et comme un arc-en-ciel.

- Alors ! Ce mystère ?
- Bof !


Il n’y a pas de description possible de ces échanges mystérieux avec l’arbre. Il n’y a pas d’explication possible quand il y a un contact véritable avec le Mystère. C’est justement à cela qu’on le reconnaît. À partir du moment où des formes et des couleurs apparaissent, à partir du moment où se produit le début du commencement d’une interprétation, le Mystère s’éloigne.

Comme un ciel étoilé, comme un lever de soleil, comme un arc-en-ciel, l’arbre invite à côtoyer le Mystère.

En cessant de parler, on invite le silence extérieur. En faisant taire les pensées, on invite le silence intérieur. Ni l’un ni l’autre ne peuvent se comparer au silence qui accompagne le Mystère quand il nous touche. Aucun ne mène à ce véritable silence. Aucun ne doit être pratiqué avec insistance. Forcer le silence intérieur ou extérieur est un acte de violence qui ne peut que chasser le Mystère et éloigner le véritable silence.

Les jeux de l’art du Dao, du Taïjiquan et du Qigong de l’arbre ne servent qu’à faire de la place au Mystère.

Après tout, le Mystère ne nous quitte-t-il jamais ?




Dao tö king

Dao ke Dao fei chang Dao
ming ke ming fei chang ming

wu ming tian di zhi shi
you ming wan wu zhi mu

gu chang wu yu yi guan qi miao
chang you yu yi guan qi jiao
ci liang zhe tong chu er yi ming
tong wei zhi xuan

xuan zhi
you xuan
zhong miao
zhi men

(…)

Hymne au Mystère et à ses reflets

Je ne peux saisir le Mystère avec la pensée
Tenter de le faire ne mène à rien

Le mystère se distingue de ses reflets
Il est la source de tout ce qui existe

Je baigne dans son essence
quand je ne le confonds pas avec ses reflets
Sa quintessence et ses miroitements
S'expriment par mon existence

Essence et reflet
sont les deux facettes du Mystère
C'est en cela que réside le prodige
et la source du ravissement

(…)