IMPORTANT
Les instructions explicites comme celles qui suivent devraient être apprises auprès d'un professeur compétent. Nous les avons publiées à titre d'exemples pour illustrer ce qui est enseigné dans notre école. Elles peuvent aussi servir d'aide-mémoire aux élèves qui les ont déjà apprises.

Nous mangeons et nous buvons puis, à un moment donné, nous sommes rassasiés. Nous marchons, nous bougeons puis, à un moment donné, nous le sommeil nous gagne. Nous dormons puis, à un moment donné, le réveil se produit. Tout ce qui est naturel se produit de lui-même, nous surprend, surgissant de nulle part.

De même, nous pratiquons des mouvements de taïjiquan, des techniques de détente taïjiquan, des techniques de respiration taïjiquan, des techniques de Qi taïjiquan, ainsi que des techniques du regard taïjiquan. À un moment que nous ne choisissons pas, le mouvement naturel nous entraîne, la détente naturelle nous submerge, la respiration naturelle nous transporte, nous baignons dans le Qi et le regard naturel nous touche, nous surprend, surgissant de nulle part.

Que peut-on dire de plus du regard taïjiquan ?

Le regard solidaire

Dans le Taïjiquan, le regard dépend de la position de la tête. La position de la tête dépend de l’alignement du corps. L’alignement du corps dépend d’une certaine respiration. La respiration dépend d’une certaine façon de se détendre. La détente dépend d’un certain phénomène de Qi qui est l’expression d’une certaine écoute. Le regard est donc solidaire de plusieurs facteurs très particuliers qui seront étudiés puis combinés au fil des années.

De plus, les autres techniques, toutes les autres techniques du Taïjiquan sont indirectement liées au regard taïjiquan. Que ce soit dans les domaines de la détente, de la respiration, du Qi, de la posture et du mouvement, la moindre technique invite subtilement le regard taïjiquan. Le regard est solidaire de tout ce que nous sommes, et tout ce que nous sommes est solidaire du regard. Comment pourrait-il en être autrement ? Ne sommes-nous pas des êtres d’une grande complexité et d’une grande unité ?

Par exemple, l’élève allongé sur le sol qui pratique l’exercice de détente pour faire tomber son épaule en tirant sur le poignet prépare déjà le regard taïjiquan, invite déjà, sans le savoir, le regard naturel.

Le regard « neuf »

Les souvenirs traversent notre esprit. En passant d’une pièce à l’autre de notre maison, notre regard est souvent absent.

N’avez-vous pas remarqué comment, lorsque vous revenez de voyage, votre maison semble différente ? Ne semble-t-elle pas plus « belle » ? Juste avant votre voyage, votre maison n’était souvent plus qu’un souvenir de maison. À votre retour, votre regard « conditionné » a cédé la place à un regard « neuf ».

Dans le Taïjiquan, au départ, les difficultés d’apprentissage entraînent un regard « neuf ». Puis, avec les progrès dans le Taïjiquan, le regard peut redevenir « conditionné ». Apprendre le Taïjiquan ne consiste pas remplacer un conditionnement par un autre. Le Taïjiquan ne consiste pas à apprendre une séquence de mouvements, aussi « beaux » soient-ils, mais à utiliser le prétexte de l'apprentissage d'une séquence de mouvements pour guetter l’apparition du naturel. Celui-ci se cache dans le regard « neuf ». Quand la « posture du mouvement » risque de devenir routinière, l’introduction d’une certaine façon de respirer ramène le « neuf ». Puis ce sera l’introduction d’une certaine façon de se détendre. Puis ce sera la recherche d’un certain alignement. Puis viendra les influences essentielles du Qi. Ensuite viendront les combinaisons infinies de tous ces facteurs et de bien d’autres, qui nous guiderons toujours vers ce « neuf ».

C’est ainsi que le Taïjiquan fait correctement prépare le regard taïjiquan et invite le regard naturel.

De même, le simple apprentissage de mouvements pour la répétion mécanique ne peut que produire l’acquisition d’un conditionnement de plus, qui nous éloigne du naturel. La longue tradition du Taïjiquan contient de ces subtilités que seul un professeur expérimenté est capable de transmettre correctement.

Les techniques du regard taïjiquan

Les techniques spécifiques du regard taïjiquan sont nombreuses et permettent d’expérimenter les multiples façons de regarder. Certaines façon de regarder sont plus éloignées du regard naturel alors que d’autres en sont plus rapprochées.

Les nombreuses techniques spécifiques au regard taïjiquan sont des techniques très avancées. Elles viennent parachever de longues années d’apprentissage.

Notre regard offre différents aspects qu’on peut diviser en deux catégories. La première catégorie comprend le regard éparpillé, le regard concentré, le regard attentif aux mains, le regard ouvert et le regard périphérique. La deuxième catégorie comprend le regard sans catégorie, le regard sans espace, le regard intemporel et le regard impersonnel. Nous donnerons ici quelques explications sur chacune de ces catégories puis nous fournirons un exemple d’une technique du regard.


_____________________________________
Première catégorie du regard

Le regard éparpillé
Le regard est attiré par tout : l’homme qui promène son chien ou le camion qui tourne le coin de la rue. L’œil suit l’oiseau qui traverse le ciel puis l’écureuil qui joue sur la pelouse ou dans les arbres. Le regard papillonne d’un détail à l’autre. Dans le Taïjiquan le regard est invité à noter cet éparpillement. Le regard naturel s’éparpille à l’occasion mais ne reste pas éparpillé. L’éparpillement à outrance est néfaste et à éviter.

Le regard concentré
Lorsqu’on est concentré, un objet prend toute la place et exclut tout le reste. Il arrive que notre regard soit concentré naturellement et pour un certain temps. Dans le Taïjiquan le regard est invité à noter ces moments de concentration. Dans le regard naturel, la concentration arrive et s’en va toute seule. La concentration forcée est néfaste et à éviter.

Le regard attentif aux mains
Dans le Taïjiquan, les mains cherchent le Qi, le trouvent et le suivent. Le regard participe et aide à cette recherche de différentes façons : d’abord, simplement en évitant de fermer les yeux. De temps à autre, le regard recherche quelque chose de particulier sur les mains et sur les bras ou simplement garde le contact avec les deux mains. Le regard naturel est en relation constante avec les autres sens. Tous les sens s’entraident naturellement.

Le regard ouvert
Dans le Taïjiquan, le regard s’ouvre de plus en plus à tout ce qui se passe dans le champ de la vision. Le regard naturel est ouvert à tout et rien ne lui échappe. La vision étroite et limitée n’est pas souhaitable.

Le regard périphérique
Dans le Taïjiquan, le regard embrasse tout, sans éparpillement ni sans concentration. Le regard naturel voit tout sans se fixer sur aucun détail. Le regard naturel est habituellement périphérique.


______________________________________
Deuxième catégorie du regard

Les regards de la deuxième catégorie sont plus difficiles à décrire. C’est la partie la plus avancée du Taïjiquan. Avant de s’aventurer dans les techniques qui s’y rapportent, un certain mûrissement des autres techniques taïjiquan est nécessaire.

Le regard sans catégorie
Avec le regard naturel, l’oiseau qui passe dans le ciel cesse d’être un « oiseau. » Le ciel cesse d’être le « ciel. » Le regard naturel embrasse tout, voit tout, mais sans rien identifier.

Le regard sans espace
Avec le regard naturel, même la notion d’espace disparait.

Le regard intemporel
Avec le regard naturel, même la notion de temps disparait.

Le regard impersonnel
Quand le regard taïjiquan est complètement naturel, il n’y a plus « personne » qui regarde et il n’y a plus rien à regarder. C’est le règne du regard naturel.


Exemple de technique du regard Taïjiquan :

MISE EN GARDE :
1) Malgré une apparente simplicité, ces techniques sont d’un niveau très avancé et ne devraient être entreprises qu’après un très long apprentissage des autres techniques du Taïjiquan.
2) La technique suivante est à faire occasionnellement et brièvement. Tout devrait être facile et agréable. On doit s’arrêter au moindre signe de fatigue.

Chapitre : Le regard périphérique
Technique : Le regard à l’horizon et le regard qui embrasse

Dans la position assise.
Ouvrir puis fermer les yeux.
Observer ce qui apparaît quand les yeux se ferment ; ce qui disparaît ; ce qui s’atténue

Avec les yeux fermés
Observer la noirceur et les lueurs.
Observer les lueurs qui s’atténuent, juste après la fermeture

Passer la main en avant des yeux fermés
Observer les changements du sombre au clair

(Toujours les yeux fermés)
Observer le haut, le bas et les côtés ; le sombre autour et le clair au milieu
Viser l’horizon
REMARQUE : le regard sait trouver l’horizon même les yeux fermés.

Positionner la tête, puis le corps qui oscille avec la respiration, puis détendre le dos et les épaules (grâce aux techniques correspondantes)
Quand tout est en place, noter que le regard est près de l’horizon.
Ajuster la tête et les oscillements du corps avec la respiration et la détente et laisser le regard monter et descendre pour légèrement traverser l’horizon, quelquefois vers le haut, quelquefois vers le bas.

Cesser de considérer l’horizon et laisser le regard embrasse l’ensemble clair entouré d’une bordure noire

Alterner le regard qui traverse l’horizon avec le regard qui embrasse l’ensemble

Ouvrir les yeux et refaire la dernière consigne :
Dans la position assise
Dans la position debout
Dans des mouvements simples
Dans la forme des 11 Postures et dans la forme des 6 Postures
Dans la forme des 24 postures et la dans forme des 13 Postures
Dans la forme des 108 Postures et la dans forme des 127 Postures

N.B. Il faut avoir une certaine habileté dans l'exécution d'une forme avant de pouvoir y ajouter le regard périphérique.

ATTENTION ! Tenir compte de la mise en garde fait avant la description de la technique.


On ne voit pas toujours ce qu'il y a à voir. Si vous regardez d'une certaine façon cette image, vous verrez un bloc se soulever hors de l'écran et s'approcher de vos yeux et vous verrez apparaitre un papillon gravé dans le bloc. C'est le principe du stéréogramme. Ce genre de jeux permet de relativiser ce que nos yeux rapportent à notre cerveau. On lève ainsi un peu le voile qui nous sépare du regard naturel.



Dans le naturel, le regard se confond avec l'ouïe, le goûter, l'odorat et le toucher. Les sens ne sont plus morcelés mais réunis dans une même opération. Il y a alors quelque chose de joyeux, d'entraînant, d'étonnant, il y a quelque chose de neuf.