La posture « Les deux poissons » se situe juste après les postures « pung/lu/chi/na » et juste avant les postures « simple fouet » et « les nuages ».
La clef principale de chaque posture de Taïjiquan est souvent cachée dans son nom. Cette clef principale est toujours reliée à la main qui cherche le Qi. C’est donc toujours la main qui dicte le mouvement. C'est la main et le Qi qui caractérisent le Taïjiquan et le distinguent de la gymnastique ou de la danse par exemple. La main qui explore, la main qui cherche ou la main qui palpe le Qi constitue le premier niveau de l'art du Qi et compose l'essentiel du Taïjiquan.

Par exemple, l'essentiel dans la posture « brosser le genou » est la main qui descend pour s’arrêter juste au-dessus du genou opposé, comme pour le brosser, là où le Qi est abondant et freine le mouvement. Un autre exemple est la main qui circule sur la ceinture du Qi dans « le serpent qui rampe », et qui constitue l'essentiel du mouvement

De la même façon et sans entrer dans tous les détails, l'essentiel pour chacune des 24 Postures est le rôle des mains. Comme c'est le cas dans les mouvements suivants :
  • la main sépare la crinière dans « séparer la crinière du cheval sauvage »
  • les mains déploient et referment les ailes dans « la cigogne blanche déploie ses ailes »
  • les mains trouvent et déplacent la guitare dans « jouer de la guitare »
  • la main repousse le singe dans « reculer en repoussant le singe »
  • les mains tiennent un ballon dans les mouvements « parer », « tirer », « presser », « pousser », « croiser les mains », « ouverture » et « fermeture »
  • la main formée en fleur guide le fouet dans « le simple fouet »
  • la main pousse le nuage dans « mouvoir les mains comme les nuages »
  • la main flatte l’encolure dans « flatter l’encolure du cheval »
  • les mains assurent l’équilibre pour lever le pied dans « donner le coup du talon »
  • les mains attrapent le coq dans « le coq d’or »
  • la main fait la navette dans « la fille de jade lance la navette »
  • la main formée en sabre transperce la bulle dans « l’aiguille dans le fond de la mer »
  • les mains s'appuient un éventail dans « les mains en éventail »
  • la main formée en poing guide le pied dans « le coup de pied et le coup de poing »
  • la main formée en poing s'appuie sur une résistance dans « le coup de poing »
Pour la posture « les deux poissons », l’explication de l'essentiel est plus complexe mais particulièrement intéressante. Nous allons nous y attarder.

LES DEUX POISSONS YIN ET YANG

Voici d’abord le nom complet de la posture : « les deux poissons yin et yang du simple fouet ».

« Les deux poissons yin et yang » est le nom que les Chinois donnent au Taijitu (ou Taiji), encore appelé « symbole du Yin et du Yang » ou « symbole taoïste » et qui est souvent utilisé pour parler de l'alchimie interne taoïste et du Taïjiquan. Le poisson yin est la partie noire avec un œil blanc et le poisson yang est la partie blanche avec un œil noir. Les deux se complètent et s’engendrent mutuellement.

Les deux poissons yin et yang
Le Dao engendra UN. Un engendra Deux. Deux engendra Trois. Trois engendra les dix mille êtres et tout ce qui est vivant. Les dix mille êtres portent l'obscurité (yin) sur leurs épaules mais serrent dans leurs bras la lumière (yang). Chapitre 42 du Tao To King, nouvelle traduction de Conradin Von Lauer
Pour en savoir plus sur le symbole du taiji.

L’EXÉCUTION DES DEUX POISSONS YIN ET YANG

Pour exécuter correctement la posture de Taïjiquan « les deux poissons yin et yang du simple fouet, » il faut que les mains tracent en mouvements circulaires le symbole chinois qui porte le même nom. Les mains doivent se déplacer simultanément et à l’opposé l’une de l’autre dans un plan à deux dimensions, comme pour tracer le dessin sur une feuille de papier géante qui serait placée devant soi.

Au départ, les deux mains sont réunies et les bras s’allongent (comme dans la photo 1). Dans la première partie de la posture, la main gauche décrit un demi-cercle en passant vers le haut et la main droite un demi-cercle en passant vers le bas. Les deux bras demeurant allongés, les deux mains se retrouvent l’une en bas et l’autre en haut (comme dans la photo 2) après avoir tracé un demi-cercle. En continuant leur trajectoire circulaire, les deux mains se rejoignent ensuite (comme dans la photo 3) dans la direction opposée à celle du départ, après avoir tracé un grand cercle.
On trouve l'essentiel du Taïjiquan en examinant les mains. Au départ, les mains sont appuyées comme sur un gros coussin (photo 1). La main gauche se déplace comme en s'appuyant sur un coussin placé le long du corps et la main droite se déplace comme sur un coussin situé côté corps (photo 2). Les deux mains se retrouvent à tenir comme un ballon (photo 3). Les coussins et le ballon ne sont pas des images mais une façon imagée d'expliquer le Qi capté par les mains.
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Reprenons tout depuis le début. Chacune des deux mains se déplace pour dessiner le diagramme « les deux poissons yin et yang » comme suit :
ATTENTION ! Si vous regardez la photo 2, la main gauche est à votre droite et la main droite est à votre gauche.
La main droite (dans le diagramme 2 plus bas) trace un grand cercle complet en passant par en bas, puis la moitié d’un petit cercle pour terminer avec la main gauche au centre. Le bras qui était jusqu’alors allongé pliera à partir de ce moment au niveau du coude. La photo 5 montre bien comment la main droite se retrouve un peu avant les ¾ du grand cercle. La photo 6 illustre comment la main droite qui a fini de tracer le haut du grand cercle se trouve prête à changer de direction pour tracer le petit cercle en tournant autour du coude. La photo 6 montre la main droite telle qu'on la retrouve à la fin de la posture, au milieu des deux cercles.

La main gauche (dans le diagramme 1 plus bas) trace un grand cercle complet en passant par en haut, puis la moitié d’un petit cercle pour terminer au centre. La photo 4 montre comment la main gauche se retrouve aux ¾ du grand cercle. Le bras qui était jusqu’alors allongé pliera à partir de ce moment au niveau du coude. La photo 5 illustre comment la main gauche, un peu plus loin, amorce le petit cercle en tournant autour du coude. La photo 6 montre la main gauche telle qu'on la retrouve à la fin de la posture, au milieu des deux cercles.

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Sur chaque diagramme, le trajet de la main débute à la main encerclée et continue le long du trajet fléché dans un mouvement circulaire pour se terminer au centre du diagramme.

À la toute fin du mouvement, la main droite forme une fleur avec les cinq doigts réunis qui symbolisent les cinq éléments (le mouvement, la détente, la respiration, l’alignement et le Qi) qui se rejoignent pour s’engendrer mutuellement et réaliser le Taïjiquan.

Exemples de l'action des cinq éléments :
  • La détente profonde garde les épaules basses et les bras allongés ou pliés naturellement.
  • La respiration douce et complète écarte et rapproche les bras naturellement.
  • L’alignement vertical du corps sur la jambe droite permet des déplacements circulaires naturels.
  • Le Qi capté par les mains guide le mouvement et active le Dantian.
  • Le mouvement naturel provient du Dantian situé au milieu du bassin.
Dans les 108 Postures et dans les 127 Postures, l’explication donnée ici de la posture « les deux poissons yin et yang » est remplacée par autre chose. Il s'agit d'une recherche, à un niveau très avancé et plus difficile à comprendre, qui repose sur un phénomène du Qi relié à la circulation croisée.
Tout cela peut sembler bien compliqué, mais rappelez-vous que « Les petits poissons dans l'eau, nagent, nagent, nagent, nagent, nagent. Les petits poissons dans l'eau nagent aussi bien que les gros. »


Ritournelle - Les petits poissons